Sur la crise, le pacte budgétaire, et la tribune des 120 économistes « anti-Traité »

Source : Blog Jean Gadrey

LE PACTE BUDGETAIRE, ABSURDITE ECONOMIQUE, CATASTROPHE SOCIALE ET ECOLOGIQUE, DENI DE DEMOCRATIE.

Je suis intervenu il y a quelques jours avec Michel Husson dans un débat public animé par Laurent Cordonnier sur la crise et sur le pacte budgétaire, devant un public majoritairement composé d’étudiants lillois. Voici quelques extraits un peu recomposés de la première partie de mon intervention. La seconde partie développait cette idée : la croissance à l’infini n’est la solution ni à la « crise des dettes », ni à la crise systémique mondiale. Ce sera le prochain billet.

LE PACTE BUDGETAIRE, ABSURDITE ECONOMIQUE, CATASTROPHE SOCIALE ET ECOLOGIQUE, DENI DE DEMOCRATIE.

Ce pacte est à bien des égards pire que le TCE, ce qui explique que nombre de défenseurs de gauche du TCE, par exemple du côté des Verts ou d’Alternatives économiques, le dénoncent également, avec leurs arguments, souvent proches des miens. Et la Confédération européenne des syndicats, qui avait soutenu les traités antérieurs, est contre le TSCG qui, selon elle, « ne fait que stipuler la même chose : l’austérité et la discipline budgétaire. »

La principale critique concerne la « règle d’or ». Cette règle dit tout État doit avoir tout le temps des budgets en équilibre, à très peu près, et que sinon il y a de lourdes sanctions, voire une quasi mise sous tutelle budgétaire (baptisée « partenariat budgétaire ») de l’Etat « fautif ». On pourra discuter des détails. Une autre règle aussi drastique porte sur le stock de dette. Elle impose à tout Etat qui dépasse le ratio magique de 60 % du PIB une réduction de son surplus de dette (soit près de 30 % du PIB pour la France) « à un rythme moyen de un vingtième par an » (soit la bagatelle de 30 milliards par an pour la France). Ces règles d’or sont des chapes de plomb. Ce sont des absurdités économiques pour deux raisons. La première est limpide, la deuxième exige de petites explications.

1) Mener des politiques d’austérité quand la récession est là et menace de durer des années, cela renforce la contraction de l’activité, cela diminue les recettes publiques, et cela rend encore plus difficile la réduction de déficits publics excessifs là où il y en a. Cela se constate partout.

2) Cette crise n’est absolument pas due à la dette publique, contrairement à ce qu’on nous raconte. Je vais citer et commenter un peu [commentaires entre crochets par la suite] un appel, que j’ai signé, de 120 économistes, paru dans Le Monde ce soir.

« Avant la crise, l’UE dans son ensemble était globalement à l’équilibre. Ainsi, l’Espagne et l’Irlande subissent aujourd’hui les attaques des marchés financiers alors que ces pays ont toujours respecté les critères de Maastricht [contrairement à l’Allemagne, que les marchés financiers chouchoutent… pour le moment, car ça pourrait changer. L’Allemagne a eu des déficits nettement supérieurs aux 3 % du PIB entre 2002 et 2005 compris].

« La montée des déficits publics est une conséquence :
1) de la chute des recettes fiscales due en partie aux cadeaux fiscaux faits aux plus aisés [la croissance des inégalités est un grand facteur de crise].
2) de l’aide publique apportée aux banques en difficulté du fait de leurs comportements spéculatifs [socialisation publique des pertes privées, les contribuables au secours des banques].
3) du recours aux marchés financiers pour détenir cette dette à des taux d’intérêt élevés [dérégulation financière donnant tout le pouvoir aux marchés, y compris le pouvoir d’étrangler des États] ».

[Commentaire sur le deuxième facteur explicatif : « l’aide publique apportée aux banques commerciales en difficulté du fait de leurs comportements spéculatifs ». Ils ont raison ceux qui ont rédigé ce texte, mais ils oublient une autre raison pour lesquelles les banques ont été en grande difficulté et parfois en quasi faillite. C’est sans doute en Espagne que c’est le plus clair, mais c’est tout aussi vrai aux Etats-Unis et ailleurs : entre 2002-2003, fin de la crise de la « nouvelle économie », et 2007-2008, la sacro-sainte croissance a été recherchée, et en partie obtenue, sur la base d’un endettement PRIVÉ massif et à hauts risques des ménages, des entreprises, et des banques qui finançaient allègrement les emprunts des uns et des autres en misant sur la croissance éternelle. Il n’y a pas que la spéculation financière, certes essentielle, dans les risques démesurés pris par les banques, il y a la spéculation intellectuelle, la croyance économique selon laquelle quand la croissance va, tout va et tout va continuer à aller. Les faits ont montré que parfois, et de plus en plus souvent, quand la croissance va, tout s’effondre en peu d’années.]

« Cette crise est aggravée par l’interdiction qui est faite à la BCE de prêter directement aux États pour des dépenses d’avenir, au contraire des autres banques centrales dans le monde comme la Réserve fédérale américaine. Enfin, la crise est rendue possible par l’extrême faiblesse du budget européen et son plafonnement au taux ridiculement bas de 1,24 % du PIB, ce qui rend impossible toute expansion coordonnée et ambitieuse de l’activité en Europe » [et surtout qui interdit toute SOLIDARITE EN EUROPE, ce qui avait un peu existé avec les fonds structurels assez conséquents au moment de l’entrée de la Grèce, et surtout de l’Espagne et du Portugal (1986)].

« L’OFCE prévoit 300 000 chômeurs de plus en France fin 2013 du seul fait de l’austérité. À moyen et long terme, cela hypothèquera la transition sociale et écologique qui nécessite des investissements considérables. »

Une question vient alors naturellement : mais si c’est une telle absurdité, pourquoi prennent-ils cette voie, bien entendu sans nous consulter, car ils anticipent notre réponse ? La réponse tient en deux mots, dans leur novlangue : « réformes structurelles ». Ce qui se résume par : 1) flexibilité accrue du marché du travail pour faire baisser encore le coût du travail ; 2) dépérissement de l’état social et des protections sociales, nouveaux reculs sur les retraites, la santé, etc. et 3) privatisations à tout va, après avoir cassé les services publics, et leurs salariés.

Il s’agit pour eux de tenter, je dis bien tenter, car on espère bien les bloquer, d’aller encore plus loin dans le néolibéralisme à la faveur de la crise du néolibéralisme, et pour cela une bonne cure de souffrance des peuples et de chômage de masse leur semble à ce jour inéluctable. Ce sont des apprentis sorciers, car on voit bien qui va en profiter politiquement si on ne les stoppe pas vite.

Dernière citation du texte des économistes anti-Traité : « Nous pouvons faire autrement [dans l’immédiat, dans le cadre des textes actuels]. Une expansion coordonnée de l’activité et de l’emploi serait aujourd’hui possible au niveau européen, notamment par le financement direct sélectif et à bas taux des organismes publics de crédit [c’est en effet prévu par les traités existants, article 123]. Un Fonds européen de développement social et écologique, à gestion démocratique, pourrait accentuer cette dynamique. De plus, l’UE pourrait mettre en place un contrôle de la finance, notamment en interdisant les échanges d’obligations souveraines sur les marchés de gré à gré, en limitant strictement la titrisation et les produits dérivés et en taxant les mouvements de capitaux spéculatifs. »

Pour en savoir plus sur ce texte, ses signataires et par la suite l’accueil des médias, voir le site :
http://www.appeldeseconomistes.fr/

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