1973 et quelques repères historiques pour comprendre la dette publique

Source : J Meignan

1973 est une date importante pour comprendre la dette publique, c’est en effet en 1973, le 3 janvier, qu’a été adoptée la loi qui réforme la Banque de France et lui interdit de financer les déficits publics par création monétaire, contraignant ainsi  la France à emprunter sur les marchés financiers.

1973 est aussi l’année du 1er choc pétrolier et le coup d’envoi d’une crise économique originale qui a pour nom « stagflation »

Mais d’autres faits ont aussi contribué à la financiarisation de l’économie. Il faut donc replacer ces événements dans un contexte plus large.

Pendant la période dite des Trente Glorieuses, 1945-1973, les économies occidentales semblent installées dans un scénario de croissance soutenue. La hausse de la productivité se traduit par une augmentation des salaires et de leur part dans la valeur ajoutée, cette évolution étant moins favorable au capital. Pourtant il existe déjà des signes d’évolution : l’inflation s’accentue, la productivité et la rentabilité du capital diminuent, les économies européenne et japonaise rattrapent celle des Etats-Unis.

Les années 70 vont être celles des ruptures.

–         Ruptures monétaires : avec l’abandon du système de stabilité des monnaies et de l’étalon or  (Système Monétaire International, SMI) adopté à Bretton Woods (1944) qui correspondait à l’hégémonie monétaire et économique des Etats-Unis au sortir de la guerre de 39-45. L’expansion économique et l’internationalisation des échanges avaient accru les besoins en dollars. L’émission massive de dollars mettait en danger la couverture OR du dollar qui était l’une des bases du SMI. De plus, à partir de  1971, la balance extérieure des Etats-Unis devient déficitaire, ce qui entraine l’augmentation des quantités de dollars détenus à l’étranger. Le 15 aout 1971, le Président Nixon suspend la convertibilité Or du dollar. Le dollar est dévalué en 1971 et 1973. Conséquence : les monnaies de 14 pays deviennent flottantes. Les Accords de la Jamaïque officialiseront l’abandon du système de Bretton Woods .

–          Les deux chocs pétroliers vont encore renchérir le prix de l’énergie et des importations. Fin 1979, les Etats-Unis inaugurent une politique de lutte contre l’inflation en augmentant les taux d’intérêts bancaires, ce qui provoque un fort accroissement de la dette des Pays pauvres. Il devient plus rentable d’investir dans la rente que dans l’économie réelle. 

–         Ruptures pétrolières

–         A partir de 1972 le relèvement du prix du brut est souhaité par les pays producteurs de pétrole pour compenser les dévaluations du dollar.

–         1er choc pétrolier en octobre 1973, suite à l’offensive arabe du Kippour contre Israel : l’OPEP décide d’augmenter ses tarifs (multipliés par 4 en quelques mois) pour sanctionner les pays occidentaux qui ont soutenu Israël.

–         2ème choc en 1979, suite à la Révolution en Iran, le prix du baril est rapidement multiplié par deux.

–         Ruptures industrielles : le modèle fordiste fondé sur la production et la consommation de masse qui s’était étendu pendant les Trente Glorieuses,  s’essouffle à partir de la fin des années 60, la productivité se tasse. La profitabilité des entreprises diminue et leur endettement augmente.

La crise qui s’ouvre en 1973 est originale par rapport aux crises antérieures du capitalisme : la production diminue, c’est la récession. Mais loin d’entrainer une baisse des prix, ceux-ci augmentent : c’est l’inflation. D’où le néologisme « Stagflation ».

On assiste à un changement de cap dans les politiques économiques de la fin des années 70. 

L’objectif libéral de maintien d’une inflation faible est la condition pour garantir les profits des détenteurs de capitaux, dans un régime de financement privilégiant la finance de marché. La baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée (moins 10 points en 25 ans) va permettre le rétablissement des taux de profit qui avaient baissé pendant les Trente Glorieuses.

La priorité des gouvernements devient la lutte contre l’inflation et non plus la croissance et l’emploi. Les gouvernements Thatcher au R.U. et Reagan aux E.U pratiquent l’austérité salariale, les baisses d’impôts pour les riches et les sociétés, la répression syndicale. En France, en 1983 (« Tournant de la rigueur ») le gouvernement socialiste abandonne l’indexation des salaires sur les prix, incite à la création d’emplois précaires et à temps partiel. L’objectif devient la recherche de la plus grande profitabilité.

Le traité de Maastricht fixe un pacte de stabilité limitant le niveau des déficits publics et le taux d’inflation des membres de l’U.E. Il crée une Banque Centrale Européenne indépendante et qui n’a pas le droit de prêter directement aux Etats.

Le choc monétariste, lorsque la FED augmente ses taux directeurs, a pour but d’attirer les capitaux aux Etats-Unis.

Jusqu’aux années 70, les systèmes monétaires et financiers nationaux sont séparés, chaque pays finançant ses investissements avec sa propre épargne.

Selon la théorie néolibérale qui prévaut désormais, la globalisation financière favorise la croissance mondiale, par la circulation et une meilleure répartition de l’argent dans le monde,  par une diminution des coûts d’intermédiation et par une « saine menace »  à l’égard de certains gouvernements considérés comme « irresponsables «  ( comprendre « trop dépensiers » !)

Les néolibéraux parlent de « répression de la finance «  pour nommer les réglementations et le cloisonnement qui, à partir du « New Deal » (1933) se sont étendus à tous les pays industrialisés.

La globalisation financière consiste donc à faire disparaitre ou assouplir les règles appliquées aux mouvements de capitaux, à les remplacer par des mécanismes de marché, à supprimer les intermédiaires entre offreurs et demandeurs de capitaux et à  constituer un marché mondial des  capitaux.

En même temps, les échanges internationaux sont libéralisés par la formation d’ensembles régionaux de libre échange : CEE qui devient Union Européenne, ALENA, APEC-ASIE.

 

«  Le néolibéralisme est pour le capitalisme le dispositif à la fois idéologique et pratique de sa revanche »* 

* Extrait de « Sortir de la crise globale » sous la direction de J.M. Harribey et D. Plihon (La Découverte, 2009)

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